Des fantômes dans une petite ville japonaise victime du tsunami

Depuis le passage du tsunami l’an dernier, Ishinomaki est devenue une véritable ville fantôme au sens littéral du terme. De nombreuses personnes affirment en effet y avoir vu errer des fantômes ou des esprits. Près de 20 % de toutes les victimes ayant succombé au tsunami sont originaires de cette ville.

Des dégâts émotionnels

Les débris du tsunami ont pratiquement été évacués de la plupart des parties de la ville. Le 11 mars, les Japonais commémoreront le premier anniversaire de cette effroyable catastrophe naturelle. Pour les habitants, les dégâts émotionnels resteront toutefois irréparables. Officiellement, au moins 4 000 habitants d’Ishinomaki ont trouvé la mort lors du tsunami.

Reconstruction

Dans certaines parties d’Ishinomaki, la reconstruction est à l’arrêt parce que les ouvriers craignent que les esprits des victimes ne leur portent malheur. Un supermarché a par exemple été réparé seulement pour moitié parce que de nombreux ouvriers du bâtiment se sont déclarés malades en raison de leur peur des fantômes. "Des gens sont morts partout ici. Tout le monde connaît des gens qui sont morts", affirme Satoshi Abe, une habitante de 64 ans.

Fantômes

Dans certains quartiers, un chauffeur de taxi refuse de s’arrêter, craignant d’embarquer l’esprit d’une personne décédée. Une femme raconte des histoires de hordes de créatures fantomatiques qui courent vers les collines, comme si elles vivaient les dernières secondes de leur existence.

Un phénomène normal

Les experts considèrent comme un phénomène normal que les habitants se mettent tous à croire aux fantômes. Selon eux, il s’agirait même d’un signal positif  dans le processus d’acceptation. "Les gens éprouvent des difficultés à accepter la mort, peu importe qu’ils soient superstitieux ou qu’ils aient une approche rationnelle", explique l’anthropologue Takeo Funabiki. "Une mort subite ou anormale, qui n’est pas due à la vieillesse, est encore plus difficile à comprendre."

Rites mortuaires

Pour certains, les rites mortuaires japonais traditionnels suffisent à susciter l’acceptation de la perte des êtres qui leur sont chers mais cela n’empêche pas les autres de commencer littéralement à apercevoir des fantômes. Un appel a été lancé aux prêtres Shinto pour qu’ils consolent les esprits des morts et facilitent leur passage vers l’au-delà avant de purifier les endroits où les corps ont été retrouvés. Durant le festival bouddhiste d’Obon, au milieu de l’été, des offrandes furent effectuées pour accueillir les esprits des êtres chers disparus.

Projection

D’autres personnes ont plus de mal à accorder une place au sentiment de perte. Selon Koji Ikeda, thérapeute et enseignant à l’Academy of Counselors Japan, les survivants sont confrontés à différentes émotions complexes, comme l’angoisse, le chagrin ou le désir de retour des personnes décédées. "Il est possible que cette accumulation d’émotions provoque des 'projections' d’esprits", affirme-t-il.

Étrange

Même si les gens qui affirment réellement avoir vu un fantôme sont peu nombreux, la population croit dur comme fer au fait que des esprits errent dans les rues désertées de la petite ville. Yuko Sugimoto, par exemple, n’est pas particulièrement superstitieuse et n’a pas encore aperçu de fantôme mais elle est intimement convaincue que des esprits errent dans les ténèbres. "De nombreuses personnes meurent de façon soudaine", dit-elle. "Je suis convaincue qu’elles ont du mal à l’accepter. Ce qui serait vraiment étonnant, ce serait plutôt qu’elles ne se manifestent plus. "