Des embouteillages mortels sur l'Everest

Quelques jours à peine après le décès de sept personnes sur l’Everest, les responsables népalais craignent que les ‘embouteillages’ sur le toit du monde ne provoquent encore plus de morts à l’avenir. "Le problème, c’est qu’il y a trop de gens qui tentent d’atteindre le sommet le même jour. Cela entraîne une surpopulation sur les parties les plus élevées", explique un guide de montagne. Le week-end dernier, les alpinistes faisaient une nouvelle fois la file pour atteindre le sommet. Une file qui s’est avérée mortelle à 8 000 mètres d’altitude. 

Dangereux

Le week-end dernier, plus de 200 alpinistes ont tenté d’atteindre le sommet de l’Everest, la plus haute montagne du monde. Ils ont absolument voulu le faire à ce moment, parce que les conditions météorologiques se dégraderont bientôt. Le problème, c’est qu’avec tout ce monde, l’ascension prend beaucoup plus de temps. Et c’est dangereux : ces derniers jours, pas moins de sept alpinistes ont trouvé la mort sur les pentes de l’Everest.

Trop de monde

Le mois de mai est le plus favorable pour tenter l’ascension de l’Everest. Il y avait donc beaucoup de monde sur ses pentes et même des files d’alpinistes en certains endroits. Quelque 150 d’entre eux ont atteint le sommet mais lors de la descente du retour vers le camp de base, le sort n’a cessé de s’acharner. Les alpinistes qui sont décédés n’avaient probablement pas prévu de tels temps d’attente pour atteindre le sommet et avaient donc emporté trop peu d’oxygène. L’épuisement et le mal de l’altitude leur ont porté le coup de grâce durant la descente.

Un embouteillage mortel

Un photographe du périodique Outside Magazine a pris un cliché sur lequel on aperçoit des dizaines d’alpinistes amateurs. Sur cette photo, on peut voir à quel point l’excursion vers le plus haut sommet du monde est devenue populaire. Pourtant, aucun record n’a été battu ces derniers jours. Ce fut par contre le cas le 23 mai 2010, lorsque 169 personnes ont escaladé l’Everest.

La zone de la mort

Les incidents mortels des derniers jours suscitent des interrogations sur la surpopulation au-dessus du campement le plus élevé situé sur la montagne. La zone – qui a été affublée du surnom macabre de ‘Zone de la mort’ – est dangereuse en raison de ses flancs glacés, des mauvaises conditions atmosphériques qui y règnent et du manque d’oxygène. Quelque 1,3 % des personnes qui ont tenté de gravir l’Everest (8 850 mètres d’altitude) n’y ont pas survécu. La plupart d’entre eux est décédée en redescendant du sommet.

"On ne peut pas les renvoyer chez eux"

Le Népal craint de nouveaux drames, puisque des centaines d’alpinistes trépignent d’impatience. Les autorités n’ont cependant que peu de marge de manœuvre. "Tout le monde possède une autorisation. Nous ne pouvons pas tout bonnement renvoyer ces gens chez eux", expliquent-elles. "Les alpinistes et leur entourage doivent apprécier eux-mêmes si les conditions sont favorables. Nous avons des gens sur place dans les camps, mais nous ne pouvons pas faire beaucoup plus que cela."

Gonflement cérébral

La majorité des alpinistes qui sont décédés sur l’Everest ont succombé à un œdème cérébral. C’est la conclusion d’une enquête sur les 212 morts que le toit du monde a eu sur la conscience entre 1921 et 2006. De nombreuses personnes qui sont décédées au-dessus de 8 000 mètres ont subi des problèmes neurologiques peut avant de succomber. Elles sont subitement devenues confuses, voire comateuses et ont perdu toute coordination de leurs mouvements. Ces symptômes font en effet penser à un œdème cérébral ou à une accumulation de liquide dans la boîte crânienne. C’est ce liquide qui provoque le gonflement cérébral.

Une montagne de déchets

Outre ces ‘embouteillages’ mortels, l’Everest est également confronté à la pollution, consécutive à la fréquentation importante de ses flancs. L’Everest attire chaque année de nombreux alpinistes qui partent du South Base Camp pour s’attaquer au sommet. Depuis la première ascension réussie en 1953, environ 4 000 aventuriers ont essayé d’atteindre le sommet de la plus haute montagne du globe. "Les excréments humains constituent un problème croissant", affirme Phinjo Sherpa, porte-parole de l’organisation de défense de l’environnement népalaise Eco Himal. "Quelques toilettes permettraient de limiter les dégâts. "Étant donné les températures extrêmement basses, les excréments humains se décomposent trop lentement, avec tout ce que cela implique comme pollution. Les associations d’alpinistes soulignent cependant que les glissements de la glace détruiraient les toilettes en un rien de temps.

Treize tonnes de déchets

La pollution de l’environnement sur l’Everest est un problème connu. Depuis 2008, l’Eco Everest Expedition, une association qui s’efforce de maintenir la montagne la plus propre possible, a retiré de la montagne plus de treize tonnes de déchets, quatre cents kilos de déchets humains et quatre corps. Selon l’organisation, au moins dix tonnes de déchets traînent encore sur l’Everest.