Le jugement d'une demande de remise en liberté de l'ex-président Lula a été reporté sine die mardi à la demande d'un juge de la Cour suprême, qui a souhaité plus de temps pour analyser le dossier.


Le juge Gilmar Mendes a demandé ce report après plus de trois heures de délibération, alors que deux des cinq magistrats participant au vote s'étaient déjà pronconcés contre la libération de Luiz Inacio Lula da Silva, qui purge depuis avril une peine de 12 ans et un mois de prison pour corruption.
Les avocats de l'ex-président (2003-2010) avaient déjà présenté ces derniers mois plusieurs recours pour tenter d'obtenir sa libération, mais aucun n'avait abouti.
Pour la demande d'habeas corpus dont le jugement a commencé mardi, ils argumentent que le juge Sergio Moro, qui avait condamné Lula en première instance, était animé de "motivations politiques".
Selon eux, le fait que le magistrat ait accepté début novembre l'invitation du président élu d'extrême droite Jair Bolsonaro à devenir son ministre de la Justice met en doute son impartialité.
L'ex-président de gauche, qui s'est porté candidat pour briguer un troisième mandat malgré son incarcération, était le favori des sondages jusqu'au moment où il a été déclaré inéligible fin août.
M. Bolsonaro a fini par remporter le scrutin haut la main le 28 octobre, avec 55% des suffrages au second tour, contre le remplaçant de Lula, Fernando Haddad.
La défense de Lula considère que le juge Moro l'a condamné pour empêcher son élection et accéder ainsi au rang de ministre dans le futur gouvernement Bolsonaro.
Le rapporteur Edson Fachin, premier à voter mardi, a considéré que "aucune preuve ne permet d'établir" une supposée partialité du magistrat lors du jugement en première instance.
Le fait que Moro ait accepté un poste de ministre dans le gouvernement Bolsonaro "ne peut pas être considéré en soi comme un élément suffisant pour établir sa partialité", a déclaré la juge Carmen Lucia, qui a également voté contre la libération de Lula.
La semaine dernière, la procureure de la République Raquel Dodge avait souhaité que l'habeas corpus soit rejeté, considérant ces arguments "infondés", la condamnation en première instance étant tombée en juillet 2017, quand l'élection de M. Bolsonaro était encore considérée comme hautement improbable.
Dans un discours enflammé une semaine avant son élection, Jair Bolsonaro avait dit espérer voir Lula "pourrir en prison".
Outre l'affaire du triplex, l'ex-président est mis en cause par la justice brésilienne dans cinq autres dossiers, mais nie toute culpabilité dans l'ensemble de ces affaires.