La police a arrêté des opposants jeudi au Kazakhstan, tandis que certains sites d'information et des réseaux sociaux ont été désactivés à l'approche de l'élection présidentielle prévue en juin dans ce pays d'Asie centrale.


Des correspondants de l'AFP ont assisté jeudi à six arrestations à Almaty, la plus grande ville du Kazakhstan, où un opposant en exil avait appelé à des manifestations anti-régime.
Le correspondant d'un site d'information kazakh Daniar Moldabekov a été interpellé à Almaty et maintenu une heure en garde à vue, "sans explication", a par ailleurs indiqué Reporters sans frontières dans un communiqué.
La semaine dernière, le Kazakhstan a connu une des plus grandes manifestations de ces dernières années, qui a donné lieu à des dizaines d'arrestations parmi les manifestants, qui appellent au boycott de l'élection.
Noursoultan Nazarbaïev, 78 ans, a surpris le pays en mars en annonçant sa démission après quasiment trois décennies de règne sans partage sur le Kazakhstan, pays aux riches réserves en hydrocarbures.
Les observateurs considèrent que M. Nazarbaïev tient toujours les rênes du pays. Il a soutenu la candidature de Kassym Jomart-Tokaïev, 65 ans, ancien président du Sénat devenu président par intérim.
Jeudi, de nombreux internautes se plaignaient par ailleurs de l'impossibilité d'accéder à plusieurs sites indépendants d'informations locales, ainsi qu'à la branche kazakhe de Radio Free Europe (financée par Washington).
"Reporters sans frontières dénonce la censure massive d'Internet par les autorités kazakhes, ce 9 mai, en marge de manifestations d'opposition. L'organisation appelle le président par intérim Kassym-Jomart Tokaïev à rompre avec l'héritage liberticide de son prédécesseur", a réagi l'organisation.
Des habitants d'Almaty, ville de 1,5 million d'habitants, ont indiqué que les services internet mobiles, ainsi que Facebook, YouTube et la messagerie cryptée Telegram, ne fonctionnaient pas.
M. Nazarbaïev "garde la haute main sur l'avenir du pays et prépare une succession dans la continuité de son règne", a dénoncé RSF, indiquant que le régime "n'a cessé de renforcer son emprise sur les médias ces dernières années".
"Les principaux titres d'opposition nationaux ont tous été interdits en 2012, Internet est étroitement contrôlé, et même des titres peu critiques sont désormais visés. Le Kazakhstan occupe la 158e place sur 180 au Classement mondial 2019 de la liberté de la presse, établi par RSF", ajoute le communiqué.
Le Kazakhstan n'a jamais organisé d'élection considérée comme libre par les observateurs occidentaux: en 2015, Noursoultan Nazarbaïev avait été réélu avec presque 98% des voix.