L'ancien directeur général d'Anglo Irish Bank, David Drumm, a été reconnu coupable de fraude mercredi à Dublin pour avoir maquillé les comptes de l'institution au plus fort de la crise financière de 2008.

Il était accusé d'avoir artificiellement gonflé de 7,2 milliards d'euros les dépôts réels dont disposait la banque au début de la crise, en organisant des transferts massifs d'argent entre sa banque et une autre institution financière dans les deux sens, parfois pour seulement quelques heures afin de tromper le marché.
Le jury a rendu son verdict après près de onze heures de délibérations et au terme d'un procès fleuve de 86 jours.
M. Drumm, 51 ans, qui avait plaidé non coupable, a été remis en liberté provisoire pour deux semaines et doit recevoir sa sentence le 20 juin. Il risque une peine de prison ferme.
L'accusation avait estimé durant les débats que le banquier s'était entendu avec deux autres cadres de la banque et l'ex-directeur général de l'assureur Irish Life & Permanent pour organiser le montage frauduleux.
Les trois hommes ont été condamnés par la justice irlandaise, en juin 2016, à des peines d'emprisonnement fermes comprises entre 9 mois et 3 ans et demi.
En mai 2017, l'ancien président d'Anglo Irish Bank, Seán FitzPatrick, a été acquitté à l'issue d'un autre procès fleuve de 126 jours.
La nationalisation d'Anglo Irish Bank en 2009 par l'Etat irlandais, qui s'était engagé à garantir ses actifs, avait couté 30 milliards d'euros au contribuable et avait contribué à mettre les finances du pays à genoux.
L'Etat irlandais avait dû lourdement s'endetter pour sauver son secteur bancaire, menacé de faillite par l'explosion d'une bulle immobilière. Le pays avait par la suite reçu en 2010 une aide internationale portant sur 67,5 milliards d'euros, apportée surtout par l'UE et le FMI - soit l'essentiel d'un plan de sauvetage total de 85 milliards d'euros -, en échange de la mise en oeuvre de douloureuses mesures d'austérité.
A la fin 2017, le pays a remboursé par anticipation l'ensemble des créances qu'il devait encore au FMI. Son économie affiche une santé retrouvée qui fait penser à la période comprise entre 1995 et 2007, lorsque le pays connaissait une croissance annuelle moyenne de 6% et se faisait surnommer le "tigre celtique".
Pour sa part, Anglo Irish Bank a été fusionnée en juillet 2011 avec un autre établissement en difficulté, Irish Nationwide Building Society (INBS), sous le nom d'Irish Bank Resolution Corporation (IRBC), dont les actifs ont ensuite été liquidés à partir du début 2013 via leur transfert à une structure de défaisance chargée de délester les banques de leurs actifs toxiques.